Yann, maraîcher
Des coulisses déshumanisées de la Grande Distribution au travail sur sol vivant… Le parcours rocambolesque d’un jeune homme mal conseillé qui voulait mettre l’humain au centre de sa vie.











La rencontre
Yann, 25 ans, est maraicher sur sol vivant. Je me retrouve à discuter avec lui à bâtons rompus sur un bout de table de sa cuisine après un échange pour le moins cocasse sur Instagram.
A partir d’une photo de radis encore en terre, j’avais demandé à ma communauté (@mangerlocarles) si elle devinait chez qui j’allais réaliser mon prochain reportage. Sous le pseudo « lejardinduvivant30 », Yann me répond très vite : « Chez Benoit Maillet, j’ai reconnu son sol ! »
Alors là, quand on est capable de reconnaître le sol d’un collègue sur une simple photo, moi je dis… « Chapeau bas » et surtout « Il faut absolument que l’on se rencontre ! ».
Derrière son visage fin et ses yeux timides, je découvre rapidement un garçon passionné, cultivé et vous vous en doutez, curieux de la vie des sols ! Yann a une connaissance très riche de l’agriculture de conservation des sols, un savoir agronomique abyssal qu’il a acquis en autodidacte, sur des chaînes YouTube de référence comme Ver de terre production ou Maraîchage Sol Vivant.
Quand je lui parle de Marc-André Selosse, biologiste et mycologue spécialiste de la vie de sols, ses yeux brillent. Il regrette de l’avoir loupé lors de sa venue à Arles l’été dernier dans le cadre du Festival « Agir pour le Vivant ».
Yann vous parle du microbiote des sols avec le langage d’un spécialiste du vivant, à seulement 26 ans et un Brevet Professionnel de Responsable d’Entreprise Agricole (BRPEA) en poche.
L’accident qui va tout changer…
On n’imagine pas qu’avant de travailler la terre, Yann arpentait les couloirs d’un grand supermarché arlésien, espérant apprendre le métier de commercial dont il pensait qu’il répondrait à son besoin de lien social. Il découvre dans cet univers des responsables hiérarchiques « satellisés », sous pression, incapables de transmettre quoi que ce soit. Yann voulait mettre « l’humain » au centre de sa vie, de son métier et là, rien…
S’ensuit alors une période d’errance professionnelle avec des expériences plus ou moins satisfaisantes jusqu’au jour où, assis sur une marche d’escalier, Yann ne parvient pas à se relever.
Il n’a que 20 ans, aucun antécédent médical qui puisse expliquer cette difficulté soudaine. Les examens s’enchainent et Yann découvre une fracture dans le dos qui va nécessiter 6 mois d’arrêt de travail total.
Avant d’être assigné à résidence à Sommières chez sa mère, Yann lui demande d’aller, avec son frère, lui acheter un grand bac, du terreau et des semences de tomates et poivrons… Comme ça, pour s’occuper. Il ne le savait pas mais ce coup du sort et cette intuition vont changer sa vie.
Pour la première fois, Yann se passionne pour un sujet, jusqu’à dévorer chaque vidéo qui traite de la culture des plantes et de la vie des sols. On peut réellement parler de révélation car jusque-là, rien ne l’avait « animé » à ce point.
Après cette pause forcée et ses toutes premières tomates, Yann continue à s’informer sur le maraîchage. Il décide de revenir s’installer sur Arles avec l’envie d’un habitat simple et d’un lopin de terre pour continuer à cultiver. Au départ, son objectif est d’adopter un mode de vie simple et autonome.
Il met en culture les 1200m2 qui se trouvent à l’arrière du studio qu’il loue et cette activité prend de plus en plus de place dans sa vie… Le choix d’un « mode de vie » se transforme petit à petit en vocation. En septembre 2022, Yann passe son BRPEA, enchaine les stages et s’installe enfin, en vente directe.
L’humain, il l’a enfin trouvé, non pas en référençant des produits en rayons, mais en essayant de comprendre le sol et sa vie. La vente directe est aussi une évidence à cet égard car il aime échanger avec ses clients, ceux qui vont cuisiner ses légumes et revenir le voir pour en parler !
Yann est aussi un passeur… Passeur de savoir, de passion, d’amour de la terre, du vivant. J’aurais envie de recommander Yann à tout jeune adulte qui cherche sa voie car Yann est passé par là et aujourd’hui, à seulement 26 ans, il a trouvé le sens de sa vie…
Vous l’aurez compris, le parcours de Yann et sa personnalité m’ont touchée. Sa quête de sens, d’humanité, sa curiosité, la passion qui l’anime, le fait qu’il ait beaucoup appris seul en font un être à part, qui vaut le détour 😉
Infos pratiques
Où trouver les produits : Au Jardin du Vivant et dans de nombreux restaurants arlésiens.
Adresse : 112, chemin de Maillanen, Arles
Contact : 07 63 98 72 32
En savoir plus : @_lejardinduvivant_
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